Je suis handicapé et tu m'emmerdes

Il y avait longtemps que je n’avais pas posté dans cette rubrique (ni dans la rubrique humeur, dans laquelle ce billet aurait pu/dû se trouver).

Analyse du titre

Analysons, si vous le voulez bien, le titre de ce billet. La première partie « Je suis handicapé » peut être comprise par nombre de personne, mais éclaircissons les choses pour que vous preniez bien la mesure de ce premier volet.

Je suis handicapé physique,1 ça se voit (la plupart du temps), il me manque la jambe droite, amputé à la moitié du fémur2.

Je me déplace en fauteuil roulant « manuel » c’est-à-dire qu’il est mû grâce à la force physique de mes bras, et parfois par la pesanteur ou le pourcentage de pente descendante d’une rue.

Voilà pour la première partie du titre « Je suis handicapé ». Vient ensuite la conjonction de coordination « et » 3 et l’autre partie de la proposition « tu m’emmerdes ». Là l’explication va être moins pédagogique et tu vas prendre ton seau de merde, comme tout le monde.

Oui, tu m’emmerdes

Tu m’emmerdes à laisser ton chien (pauvre bête, obligée de vivre avec un con ou une connasse comme toi) chier et pisser sur les trottoirs. Parce que vois-tu quand je roule dedans avec mon fauteuil, c’est sur mes mains que se retrouve la merde de ton toutou adoré. Pense à mon copain malvoyant qui va en foutre sur sa canne, sur les semelles de ses pompes et qui, le pauvre, va puer toute la journée parce que tu n’as pas, ce matin, comme tous les matins, ramassé les déjections de ta peluche (qui j’espère qu’elle nous venge en pissant sur le canapé pendant un match de foot)

Tu m’emmerdes toi, le conducteur ou la conductrice qui s' « arrête » sur la place handicapé devant la boulangerie, la pharmacie, le monoprix, parce « Il y a pas de place ailleurs », « j’en ai pour deux minutes », « j’attends quéquin », « justement je prenais les médicaments pour ma voisine qui ne peut pas marcher », « je fais jamais ça. Sur la tête de mes enfants »… 4. Parce que si ces places existent c’est pour les personnes handicapées, pour leur faciliter un quotidien qui n’est ni facile, ni drôle. « Si tu prends ma place, prends mon handicap » (et une amende à 135€).

Tu m’emmerdes, toi qui te gares non pas sur la place handi « c’est sacré ! », mais perpendiculairement5 à icelle, ce qui te permet de bloquer la circulation ET de m’empêcher de me garer sur cette place. Elle est pas belle la vie ? 6

En parlant de tes prouesses automobiles, tu m’emmerdes à te garer sur le trottoir sans penser que moi et mon fauteuil nous sommes plus larges qu’un mikado, que la mère de famille avec sa poussette aimerait passer sans mettre sa vie en danger.

Tu m’emmerdes la grognasse stationnée sur le passage piéton. Pouffiasse, dès que tu sors de ta poubelle polluante, tu ES piétonne et donc susceptible d’être gênée par un connard qui aura fait pareil.

Tu m’emmerdes toi, le chef de travaux qui barre le trottoir sans rien prévoir pour que je contourne ton chantier, m’obligeant à faire demi-tour jusqu’au prochain passage piéton qui me permette de traverser.

Tu m’emmerdes, toi la Maire de la Capitale de la France à laisser des trottoirs dans des états pareils. Je te mets au défi Anne Hidalgo de passer ½ journée dans un fauteuil roulant ailleurs que sur le parvis de l’Hôtel de Ville.

Tu m’emmerdes, toi la cadre pressée avec ton petit panier avec tes quatre yaourts végétaux à vouloir passer devant moi À LA CAISSE PRIORITAIRE bordel de merde.

Tu m’emmerdes toi, qui crois bien faire en me poussant sans me prévenir. Que dirais-tu si je te faisais traverser la rue de force ? Toi aussi qui ne sembles pas réaliser que de l’autre côté du dossier du fauteuil il y a mon dos et qui, pour m’aider à passer une marche n’écoute pas mes instructions, mais mets ton genou dans le dos.

Tu m’emmerdes toi qui, à la caisse prioritaire te dépêche de mettre tes articles sur le tapis roulant pour éviter que je te passe devant. La plupart du temps l’hôte ou l’hôtesse de caisse me voit et te fait remballer tes merdes. Si tu veux ma place, prends mon handicap.

Tu m’emmerdes toi qui fais quatre fois le tour du rayon pour me regarder de travers parce que « le monsieur il a qu’une jambe ». Je te vois et je suis triste pour toi.

Tu m’emmerdes, toi le cafetier/restaurateur, que j’ai soutenu avec mes impôts pendant le confinement et qui maintenant occupe la totalité du trottoir plus des places de stationnement pour une terrasse parce que « tu comprends faut bien se renflouer ». Abruti je t’ai DÉJÀ renfloué. Toi et tes clients pouvez aller marcher dans la merde du chien précité que j’en serai heureux.

N’oublie jamais Valide, qu’un jour tu peux toi aussi te retrouver cloué dans un fauteuil roulant. Non que je te le souhaite…

NB : les fautes sont de moi, les corrections des amies et amis de l’Internet qui ont lu ou relu ce billet, Gramalecte a aussi été mis à contribution. Que chacune et chacun reçoive une bise, si elle est consentie.


  1. je rappelle que 80% des handicaps sont invisibles que ce n’est ni à moi ni à toi de juger si une personne handicapée l’est « vraiment ». C’est ainsi et moi aussi je tombe dans le piège parfois. ↩︎

  2. Regarde sur Wikipédia ce qu’est le fémur si tu as oublié tes cours les plus basiques d’anatomie humaine ↩︎

  3. Mais si, souviens-toi, « mais ou et donc or ni car » ↩︎

  4. Amies et amis handis, vous compléterez vous-mêmes cette liste ↩︎

  5. Tu vas ouvrir un dictionnaire aujourd’hui. C’est la joie non ? ↩︎

  6. Divulgachage : non ! ↩︎