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Jacques Foucry

IT, râleur, faiseur de pain et d’autres choses

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Un handicapé, comment ça marche ?

Depuis quelque temps il me chatouille l’envie de vous parler d’une nouvelle partie de ma vie.

J’ai choisi pour l’illustrer cette photo de main sur la roue d’un fauteuil roulant. Parce que c’est ma situation et je ne veux en aucun cas minimiser les autres handicaps, visible ou invisible.1

Pourquoi cette envie de vous parler de mon quotidien de handicapé ?

Pour vous faire toucher du doigt ce que les valides ne voient pas parce qu’ils ne sont pas concernés et qui devient pour nous une montagne de choses à surmonter.

Comment est-ce qu’on interagit avec une personne handicapé2 ?

Je vais forcément parler de MON ressenti. Chacun réagit différemment, mais dans les grandes lignes c’est ce que ressentent les personnes handicapées moteurs.

  • Le fauteuil roulant fait partie de nous. Nous y sommes cloués pendant au moins 16 heures par jour. Toucher le fauteuil, c’est nous toucher.

    Ce n’est pas un accessoire sur lequel on peut s’appuyer parce qu’on est fatigué ou juste « parce qu’il est là » ;


  • On ne décide pas, sans avoir demandé au préalable, de pousser un fauteuil roulant « même pour aider ».

    Imaginez simplement que quelqu’un·e, inconnu, sans une parole, se mette à accélérer votre mouvement, sa direction… ;


  • On ne s’impose pas non plus pour aider à traverser.

    Que diriez-vous si, d’autorité, je prenais votre bras pour vous aider à traverser ?


  • On parle normalement à une personne handicapé ;

Des anecdotes

  • Il arrive souvent qu’une personne handicapé soit accompagnée d’une personne valide. La personne handicapée pose une question et c’est TOUJOURS à la personne valide que l’on répond. Sommes nous trop cons pour comprendre les réponses aux questions que l’on pose ?

  • Dans la queue de la caisse d’un supermarché. La caissière passe mes articles et voilà le moment de payer et de ranger mes articles dans mon sac. Je cherche celui-ci dans la poche arrière de mon fauteuil. Et voilà t’y pas que la personne qui me suit, plonge sa main dans cette même poche, en sort mon pillulier (qu’elle croit sans doute être mon portefeuille) en me disant « c’est ça que vous cherchez ? ».
    Bah non, je cherche mon sac à commission d’ailleurs je l’ai trouvé. « Ah oui, mais c’était pour aider ».
    Je range mes articles, je paye, et j’attends. Lorsque cette dame ouvre son porte-monnaie pour payer, je fais mine de ploncher la main dedans. Et la voilà offusquée et je réponds « Bah oui, mais c’était pour aider ».

  • Devant le magasin sus-mentionné, il y a deux places de stationnement, réservées aux personnes handicapées. Il arrive trop souvent que des valides les prennent pour des places de livraisons, d’arrêt minutes pour aller « au pain », d’aire d’arrêt pour téléphoner, tel ce crétin de ThyssenKrup qui me répond (c’est assez invariable comme justification) ; « si quelqu’un·e vient, je partirai ». Et comment sais-tu que le conducteur·rice qui ne s’arrête pas parce que tu prends cette place n’est pas handicapé ?

    « Oh, mais j’en ai pour deux minutes ». En général je me lève de mon fauteuil, afin que mon manque de jambe soit bien visible et je réponds « Et moi j’en ai pour toute ma vie ».

Conclusion rapide

Je ne suis pas en train de dire que TOUS les valides sont des abruti·es fini·es. Certains ne prennent pas conscience de la gêne supplémentaire qu’iles imposent aux personnes handicapées, même pour aider.

Proposez votre aide, c’est toujours agréable de ne pas être invisibles, mais ne l’imposez pas.
Pensez que s’il y a des « facilités » pour les personnes handicapées c’est justement parce que ce n’est pas facile.

J’ai la chance d’habiter une ville de banlieue où les valides jeunes ou vieux sont d’une amabilité incroyable. Ils me proposent de l’aide pour traverser, pour monter dans le bus, me propose de me pousser « parce qu’ils vont dans la même direction » et c’est absolument génial.

Mes prochains billets sur le handicap seront plus destinés aux démarches que doivent faire les personnes handicapées, où trouver les informations et quelques trucs.

Bisous à toutes et tous

  1. 80% des handicaps sont invisibles. Cancers, sclérose en plaque, autisme,etc. 

  2. le terme tout joli des ministères et autres bien pensants de « personne en situation de handicap » me bourre le mou sans compter que c’est plus long à écrire.