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Jacques Foucry

IT, râleur, faiseur de pain et d’autres choses

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La conduite.

Je vous ai parlé dans un autre billet du handicap, du ressenti des personnes handicapées (vu de mon fauteuil, je ne prétends pas parler pour toutes les personnes handicapées) et je vous ai narré quelques anecdotes (j’en ai d’autres dans ma besace).

Je vais vous parler aujourd’hui de MON calvaire pour obtenir le droit de reprendre le volant.



Mon handicap et la voiture

Avant de vous parler de la galère qui se poursuit encore aujourd’hui pour avoir mon permis de conduire, il faut que vous connaissiez mon handicap.

Je suis amputé fémoral droit. Pour être plus clair, je suis amputé de la jambe droite à mi-cuisse.

Ce qui veut dire que pour conduire, impossible d’accélérer et de freiner avec une voiture « conventionnelle » et pas plus avec une voiture automatique. Il me faut un équipement spécial, relativement simple dans les faits, mais auquel il faut s’adapter, une invertion des pédales.

Donc l’accélérateur passe à gauche, le frein reste à sa place et je dois conduire une voiture automatique.

Les démarches administratives et les galères

Attention on va tomber dans le kafkaien, protégez les enfants et veuillez ne pas boire ou fumer pendant la lecture de cette aventure.

La visite médicale

Il est nécessaire de passer une visite médicale pour qu’un médecin, agréé par la préfecture, donne son avis sur la capacité à conduire de la personne handicapée. Cela parait juste et normal.

Le médecin agrée

Celui que vous choisissez doit être dans le même département que votre lieu de résidence. Vous trouverez une liste sur le site de la préfecture de votre département. Et vous en choisissez un, au pif ou au doigt mouillé.

Celle que j’ai choisi m’a fait toutes les merdes possibles1.

La première visite date du 24 novembre 2017 (regardez la date d’écriture de ce billet). À cause de mes antécédents médicaux, elle me demande de faire une analyse sanguine, une analyse d’urine et de refaire une paire de lunettes.

Et le médecin me demande 36 €, le prix de la consultation, fixé par l’État. Sauf que les personnes reconnues handicapées à plus de 50 % bénéficient de la gratuité de cette consultation. Sachez-le et ne vous faites pas avoir.

Elle présente ses excuses, et je pars, un poil dépité.

les analyses

Pour éviter que l’on me fasse trop de trous dans le bras, j’attends la visite de cardiologie début décembre qui comprend une prise de sang. Pour ce qui est de l’analyse d’urine, j’ai bien le temps, j’ai rendez-vous avec l’ophtalmo le 4 janvier.

La Seine à cru

Cet hiver-là, la Seine, comme d’habitude, est sortie de son lit. La résidence que j’habite se trouvant au bord du fleuve, l’ascenseur est mis en sécurité (hors service) et cela pendant 4 semaines. Pendant donc 3 semaines je n’ai pas pu mettre le nez dehors2.

La deuxième visite médicale

Après avoir effectué l’analyse d’urine, je prends un deuxième rendez-vous pour la suite de la procédure. Courant février (je n’ai plus la date exacte en tête), j’ai donc ce rendez-vous qui consiste à vérifier les analyses d’un air distrait et à remplir le cerfa 14948*01.

Il faut apporter tous les justificatifs demandés, les photographies, etc.

Après ¾ d’heure à remplir ces documents, le médecin me dit : « Et on a pas encore fait de médecine ». Certes non, mais ce n’est pas moi qui ai demandé à être agréé.

Elle appose sur le cerfa les codes qui indiquent les aménagements nécessaires à un véhicule que je voudrais conduire : — véhicule à boite automatique ; — inversion des pédales ; — commandes au volant3.

Et elle retente le coup de me faire payer…

Les devis

Aussitôt rentré chez moi, je pioche dans les pages jaunes le nom et les coordonnées de deux aménageurs, la MDPH4 demandant deux devis.

L’un des aménageurs me contacte par téléphone et me demande s’il me faut vraiment une boule multifonction au volant. Bien sûr que non, j’ai mes deux bras et deux mains valides, je peux actionner les clignotants, feux de croissement, feux route et autres essuie-glace sans difficultés.

Il y a donc un problème parce que le code « commande au volant », signifie la mise en place de cette fameuse boule multifonctions.

La MDPH et la DRIEA5

J’appelle la MDPH pour dire qu’il y a un souci. La réponse est simple, voyez avec le DRIEA.

J’appelle la DRIEA qui me dit ne rien pouvoir faire, c’est une décision du médecin. Il faut que je retourne voir cette dernière pour modifier le cerfa précédement établi.

Elle me répond alors que le lundi matin suivant elle sera à la préfecture et pourra voir ce qu’elle peut faire (spoiler :rien).

Elle me rappelle en me disant que tout est arrangé que je n’ai qu’à aller à la DRIEA pour régulariser la situation. Avant de me déplacer, j’appelle pour prendre rendez-vous. La réponse est claire : « Nous ne pouvons rien faire, c’est une décision médicale, c’est au médecin de modifier la situation ».

Sur ces entrefaites, je reçois ces devis, une semaine plus tard et les transmets immédiatement à la MDPH.

La MDPH ne peut rien en faire tant que je n’ai pas validé (on dit régularisé) mon permis de conduire.

Troisième visite médicale

Je prends rendez-vous avec le médecin, qui me voyant dans la salle d’attente me dit : « ils vous ont obligé à revenir ? Je ne vous ferai pas payer ». C’est quand même elle qui a merdé non ?

Au cours de cette consultation, il n’est pas question de faire de la médecine, mais de remplir, une nouvelle fois le cerfa.

Ouf, cette étape est terminée, passons à la suite6.

L’auto-école PMR

On entre ici dans le sublime de la chose, le nirvana de la bêtise, la quintescense du n’importe quoi.

Recherche de l’auto-école

Naturellement, je demande à la MDPH une ou deux adresses d’auto-école qui donne des leçons PMR. Réponse tout simple : « ce n’est pas notre boulot ». Okay… du coup à quoi sert ce truc ?

Une recherche sur Internet me permet de tomber sur une liste, un PDF, sur le site des Invalides. Mais cette liste date de 2008, Beaucoup d’auto-école ont fermé, ou cessé ces prestations… Liste inutile donc.

Je découvre une auto-école ECF dans le 18e arrondissement de Paris. Bien loin de chez moi et inaccessible en fauteuil roulant.

La MDPH, encore elle, me conseille de voir avec le centre de rééducation de Coubert, en Seine & Marne, qui propose des cours en accords avec une auto-école. Enfin, une piste « fraîche ».

J’appelle le centre de Coubert et je suis reçu comme un chien dans un jeu de quille :« Vous n’etes pas un de nos patients. Enfin, voyez avec le CER de Melun ».

Au lieu d’appeller le CER de Melun, il me prend l’idée de regarder le site national de CER. Et j’y découvre une section PMR avec la liste des auto-écoles qui proposent ces formations. Alléluia, loué soit le poulet !

Malgré une erreur, l’auto-école CER de Villejuif a fermé, je trouve une auto-école, à Chevilly-Larue. Je dois prendre un bus (belle galère la aussi, il faudra que je fasse un billet sur ce sujet) et le tramway.

Je prends 4 heures de conduite, et je suis prêt à passer ma « régul ». Elle a lieu le 24 septembre 2018 et se passe super bien. Les plus vieux lecteurs se souviennent d’avoir eu leur papier rose. C’est la même chose, seule différe la couleur du papier (que l’on me donne tout de suite).

Les photographies demandées par l’auto-école (et donc par la préfecture) doivent êtres des e-photos, avec un QR code. Les photos ne servent pas, seul le code est utilisé pour récupérer… les photos. Sauf quand cela ne fonctionne pas, comme dans le cas qui nous intéresse, vous vous en doutiez.

Retour à la MDPH

Je numérise le « papier de la régul » et l’envoie, avec la facture du surcoût des leçons de conduite à la MDPH. Et j’apprends que l’un des devis pour modifier l’automobile est pris en charge dans le calcul de la PCH7.

Mais cette décision de la prise en charge doit être validé dans une (grosse) commission. La prochaine est le 23 octobre 2018 (oui, 1 mois après avoir passé la régularisation).

La fabrication du permis de conduire

Pendant ce temps, à Véra-Cruz Chevilly-Larue, l’auto-école s’occupe d’envoyer mon dossier à la préfecture pour fabrication de mon permis. Je reçois régulièrement des SMS m’indicant l’état de ma demande.

Tout allait bien jusqu’à aujourd’hui (8 octobre 2018) où je reçois un SMS « problème de pièce dans votre dossier, veuillez vous rapprocher de votre auto-école ».

Ni une, ni deux, dès 14 heures j’appelle l’auto-école qui me dit que le médecin n’a pas indiqué de durée pour mon permis. JE DOIS RETOURNER VOIR LE MÉDECIN AGRÉÉ.8

  1. vous aurez le nom quand cette affaire sera terminée. 

  2. moralement ça aide, si si. Heureusement que j’avais des soutiens via internet. 

  3. on a pas fini avec cette histoire. 

  4. la Maison Départementale des Personnes Handicapés, je vous en reparlerais dans un projet billet 

  5. Direction Régionale et Interdépartementale de l’Équipement et de l’Aménagement. Parmi eux se trouvent les inspecteurs du permis de conduire. 

  6. la suite lui prouva que non. 

  7. Prestation de Compensation du Handicap. Une enveloppe utilisée pour me rembourser une planche de de bain, les leçons de conduite, l’aménagement du véhicule, une aide-engère si nécessaire, etc. 

  8. J’en rage, j’en désespoir, j’en vieillesse ennemie.